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L’IA entre au bloc opératoire

L’IA transforme déjà la finance, l’industrie… et désormais la chirurgie. 85 % des chirurgiens croient en son potentiel, mais peut-on faire confiance à un algorithme au bloc opératoire ? C’est la question que se sont posée 4 enseignants-chercheurs dont 2 travaillant à IMT-BS : Olivia Chevalier (département Langues et Sciences Humaines) et Gérard Dubey (professeur de sociologie depuis 2003). Ils ont rédigé leur étude dans un article intitulé « Comprehensive overview of artificial intelligence in surgery: a systematic review and perspectives » (ou « Aperçu complet de l’intelligence artificielle en chirurgie : revue systématique et perspectives »).

 

Pourquoi cette recherche est importante

La précision est un facteur clé dans le domaine médical, particulièrement dans le domaine chirurgical. Le besoin d’outils précis et fiables et une avancée majeure pour les chirurgiens. De plus, les données médicales explosent et les décisions chirurgicales sont de plus en plus complexes : avoir recours à l’IA est donc une solution et une aide non-négligeable. L’intelligence artificielle est capable de suivre un patient tout au long de son intervention :

Avant l’opération, les algorithmes de « machine learning » (champ d’étude de l’intelligence artificielle qui vise à donner aux machines la capacité d’« apprendre » à partir de données, via des modèles mathématiques) peuvent analyser de grandes quantités de données médicales afin de mieux évaluer les risques pour chaque patient. Ces modèles prédictifs permettent aussi d’anticiper certaines complications post-opératoires ou d’estimer la probabilité de mortalité hospitalière. Cette capacité d’analyse offre aux équipes médicales un soutien précieux pour la planification des interventions et la prise de décision.

Pendant l’intervention, l’IA peut également jouer un rôle d’assistance en temps réel. Des systèmes d’analyse d’images et de monitoring intelligent sont capables d’identifier les différentes phases d’une opération, de détecter certaines anomalies ou d’alerter l’équipe médicale en cas de situation à risque. Dans certains domaines, des robots chirurgicaux assistés par IA commencent à automatiser des gestes très précis et ce avec exactitude, comme certaines sutures par exemple.

Enfin, après l’opération, l’intelligence artificielle contribue à améliorer le suivi des patients. Les outils d’analyse peuvent identifier les signes de complications, optimiser la durée d’hospitalisation ou anticiper les risques de réadmission. Ces dispositifs participent à la mise en place d’une médecine plus personnalisée tout en soulageant les médecins de certaines tâches.

 

Des défis technologiques et éthiques majeurs

Malgré ces avancées prometteuses, l’intégration de l’IA dans la pratique chirurgicale soulève encore de nombreuses questions : l’un des principaux défis concerne la transparence des algorithmes. Beaucoup de modèles d’intelligence artificielle fonctionnent comme des « boîtes noires » dont les mécanismes de décision sont difficiles à interpréter. Dans un contexte où les décisions peuvent avoir des conséquences vitales, cette opacité pose question.

La responsabilité juridique constitue également un enjeu important : en cas d’erreur liée à un système algorithmique, qui doit être tenu responsable ? Le chirurgien, l’établissement de santé ou le concepteur du logiciel ? Plusieurs travaux ont aussi montré que certains algorithmes peuvent reproduire ou amplifier des biais présents dans les données d’entraînement, ce qui pourrait accentuer certaines inégalités en matière de soins.

Ces enjeux soulignent la nécessité de développer des systèmes d’intelligence artificielle plus transparents, mais aussi de mettre en place des cadres réglementaires adaptés à ces nouvelles technologies et de faire attention aux inégalités qui ne sont dues qu’au prisme humain.

 

Une collaboration homme-machine au cœur de la chirurgie de demain

Au-delà des performances techniques, cette recherche rappelle que l’intégration de l’intelligence artificielle dans les blocs opératoires dépendra surtout de facteurs humains. L’adoption de ces outils nécessite de former les professionnels de santé, d’adapter les pratiques médicales et de construire une relation de confiance entre les chirurgiens et les technologies numériques. Dans cette perspective, l’intelligence artificielle apparaît moins comme un substitut au chirurgien que comme un outil capable d’augmenter ses capacités d’analyse et de décision.

Pour les chercheurs et les institutions engagés dans l’étude des transformations numériques, ces évolutions ouvrent de nombreuses pistes de réflexion à l’interface entre technologie, santé et société. Comprendre comment intégrer l’intelligence artificielle de manière responsable et efficace dans les systèmes de soins constitue désormais un enjeu majeur pour les années à venir.