Interview de Guillaume MEULLE, TEM 1994

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Guillaume Meulle

Diplômé de Télécom Ecole de Management en 1994, Guillaume MEULLE a été embauché chez France Télécom Mobile Internation à l’issue de son stage de fin d’étude en tant que responsable du Business Plan. Trois ans plus tard, il est recruté chez Iris Capital où il travaille en tant que Board Director pendant presque 10 ans. Il est aujourd’hui Managing Director de Xange.

 

Lorsque je suis sorti de TEM en 94, j’ai tout de suite enchaîné après mon stage chez France Telecom par un poste chez France Telecom Mobile International comme responsable du business planning. A l’époque France Télécom achetait des licences de téléphonie mobile de par le monde. Il fallait rédiger la partie financière des offres et valoriser les licences. J’ai travaillé sur la seconde licence mobile en Belgique, les licences régionales en Inde, une joint-venture à Canton… En 96, j’ai fait mon VSN au Liban comme contrôleur de gestion, puis de retour à Paris, j’ai participé au lancement des directions financières des opérateurs mobile en Roumanie et au Danemark. Ça a été une époque formidable, il fallait tout inventer et nous fonctionnions en mode commando. Malheureusement, à partir de 98 ; il y avait de moins en moins de licences mobiles à acheter et les perspectives dans le groupe étaient moins excitantes. Fin 98,  je suis  alors entré par hasard dans le capital risque dans une filiale de la caisse des dépôts, Part’com, qui investissait aussi dans les opérateurs télécom. J’ai recommencé à investir dans des opérateurs en Europe de l’est, mais aussi dans des startups télécom. J’ai vécu la bulle internet, son euphorie et la gueule de bois de 2001. En 2003, Part’com a pris son indépendance et a changé de nom pour devenir Iris Capital. Je suis devenu associé en 2005. Il y a 6 mois, j’ai quitté Iris Capital pour rejoindre Xange, un autre VC en tant que membre du directoire. Depuis que j’exerce le métier de VC, j’ai investi dans une vingtaine de startups en Europe dans les télécoms, le software et l’IOT. Les sociétés les plus connues dans lesquelles j’ai investi sont K-Mobile, Cirpack, Netatmo et Scality.

Xange est un capital risqueur français basé à Paris avec un bureau à Munich qui est spécialisé dans le financement de startups Early Stage dans le digital, les technologies avancées et l’impact. Nous gérons 400 M€ et investissons dans 5 à 10 sociétés par an avec des tickets de 1 à 3 M€. Mon métier se décompose en 4 grandes activités : la recherche de startups (pas mal de réunions, 40% de mon temps), l’investissement (due diligence et négociation), l’accompagnement (nous avons un poste d’administrateur dans chacune de nos sociétés) et la vente de notre participation (nous devons souvent vendre la totalité de la société). J’ai la chance de faire un métier passionnant car riche et plein de rencontres et utile car nous amenons de l’argent frais pour développer des sociétés.

On a écrit des livres sur ce sujet ! En gros, on regarde la qualité de l’équipe de management, la taille du marché, sa croissance et la qualité et l’innovation du produit. Nous cherchons à investir dans des startups qui peuvent devenir des belles et grandes sociétés. Notre objectif est de revendre notre participation à moyen terme (entre 3 et 7 ans en moyenne) et nous ne pouvons pas nous permettre d’investir dans une startup qui sera trop petite pour être rachetée. Pour nous, le management est vraiment central car il est plus facile de pivoter vers un nouveau marché, ou de changer le produit que de changer une équipe de management.

Je m’interdis d’avoir des à priori en terme de marché. Ce qui m’intéresse, c’est les (très) bons projets. Il est plus important d’être une bonne startup dans un marché moyen qu’une mauvaise startup sur un bon marché. Je rencontre donc le plus de startups possibles pour connaître les évolutions et être au courant de l’ensemble des nouvelles tendances.

Je suis impressionné par la qualité des jeunes entrepreneurs sortant d’écoles. En 94, les entrepreneurs étaient rarissimes et plutôt les moutons noirs de la promo. Aujourd’hui, je vois des promos d’une centaine d’élèves sortir des programmes entrepreneuriat dans chaque grande école. Le développement de l’entrepreneuriat est une vraie chance car il ouvre une nouvelle voie de développement professionnel à des jeunes diplômés qui ne se sentaient pas nécessairement à l’aise dans des grands groupes ou des grandes administrations (qui étaient les deux grandes voies à mon époque). Au-delà des succès économiques, l’entrepreneuriat dans le digital est aussi une chance pour notre société de voir se développer un tissu d’entreprises de taille moyenne qui peuvent offrir des opportunités introuvables dans les grands groupes.

Ils ont la chance d’être dans le secteur hyper porteur du digital. A eux d’en profiter pour être libre, ambitieux … et pourquoi pas de prendre quelques risques en créant leur startup !