Moussa Bagayoko - Interview Audrey Moine

“J’ai un besoin viscéral de comprendre pourquoi je travaille et quel en est le sens. C’est ma source d’énergie et de motivation pour mener à bien un projet.”

Diplômée de Institut Mines-Télécom Business School en 2011, Audrey Moine est une des rares jeunes femmes ayant fait le choix de l’entreprenariat. Elle a co-fondé Dooxy, une entreprise de conseil, accompagnant les entreprises dans leur transformation numérique.

1) Vous êtes diplômée de la promotion Institut Mines-Télécom Business School 2011. Pourquoi avez vous choisi cette école? Que vous a-t-elle appris de plus précieux? Quel souvenir, anecdote, gardez vous de vos années sur le campus ?

Lorsque j’étais en prépa, tous les anciens disaient : “vous verrez, vous choisirez vraiment votre école au coup de cœur lors du tour de France”. Et je confirme ! L’accueil a été top, je me suis sentie à l’aise et j’ai réussi à me projeter. Au delà de ça, Institut Mines-Télécom Business School était la seule école à intégrer les nouvelles technologies dans son programme mais aussi une des rares à proposer la possibilité de créer sa propre entreprise avec la présence d’un incubateur et l’organisation du “challenge entreprendre”.

Un professeur a particulièrement marqué mon parcours, M. Didier Tranchier, qui a su transmettre sa passion pour l’innovation et l’entrepreneuriat. Il m’a permis de prendre conscience de l’importance de l’innovation et de l’esprit start-up dans tout ce que l’on entreprend mais aussi de développer la sérendipité !

2) Quel est le concept de votre entreprise, Dooxy ?

Nous accompagnons les dirigeants à comprendre comment le digital impacte leur business et comment adapter leur stratégie. Pour cela, nous agissons sur 3 piliers : le modèle organisationnel, le business model et la communication.

Notre concept est d’allier la stratégie à l’opérationnel en s’appuyant en permanence sur le duo conseil & formation/accompagnement. Sur la partie conseil, nous accompagnons le chef d’entreprise et son équipe aussi bien dans la réflexion que dans l’exécution. Sur la partie formation, nous fonctionnons en deux étapes : l’apprentissage par la pratique en atelier collectif ou en coaching individuel, puis la mise en place d’un suivi et d’un support personnalisés avec la définition d’objectif  à atteindre pour faciliter et stimuler l’usage au quotidien d’un outil ou d’une méthode vue en formation.

3) Que pouvez-vous nous dire sur la transformation digitale ? En quoi est-elle essentielle ? 

Pour nous, les concepts fondamentaux de la transformation digitale sont l’information et l’humain. Ils sont indissociables !

L’information, car son accessibilité et son stockage facilités et financièrement abordables bouleversent les ordres établis. Auparavant, les consommateurs ne disposaient quasiment que de l’information donnée par les entreprises et leur entourage sur un produit ou un service. Aujourd’hui, ils ont accès à des blogs, des articles de presse, des comparateurs de prix et surtout les réseaux sociaux et autres forums qui permettent d’avoir des avis d’utilisateurs.

L’humain car cette nouvelle répartition de l’information change les règles du jeu et impacte fortement les systèmes d’un point de vue structurel et organisationnel. La tendance pour les entreprises est d’avoir un fonctionnement transversal dans une organisation dite horizontale ou fonctionnant en mode projet. Par exemple, un modèle dont on parle de plus en plus est celui d’entreprise libérée ou encore d’holacratie. Parce qu’aujourd’hui ce qui est recherché dans le travail c’est le sens et la reconnaissance, l’entreprise libérée semble permettre un meilleur épanouissement professionnel et personnel.

Outre le fait que les nouvelles technologies sont le support de la transformation que nous vivons, il faut davantage comprendre la transformation digitale comme un changement de culture. On parle aujourd’hui de culture digitale. Parce que la société, ses besoins et ses usages ont profondément évolué, il apparaît alors normal et fondamental que pour faire du business, les entreprises s’adaptent à leurs clients, leurs collaborateurs et leurs partenaires. La transformation digitale n’est ni plus ni moins que la capacité d’une organisation à s’adapter aux nouveaux besoins et usages de leurs clients et aux nouveaux enjeux de la société. Plus qu’essentielle, elle est source de réelles opportunités et de création de valeur qu’elle soit économique, sociale ou écologique.

4) Aujourd’hui, peu de femme font le choix de l’entrepreneuriat, d’où vous vient l’envie d’entreprendre ? Quelles ont été vos joies et vos difficultés dans ce parcours ?

L’envie d’entreprendre ne m’a plus quittée depuis le lycée ! Mon parcours a confirmé ce besoin. Le besoin d’avoir une vision globale, d’avoir la capacité d’orienter et de faire évoluer un projet mais aussi le goût du challenge et de prouver qu’une femme a complètement sa place.

Mes joies : le premier client qui nous a fait confiance a été un grand moment ; les rencontres : avec mon associé avec qui nous partageons les mêmes valeurs, les clients et les partenaires avec lesquels je découvre de nouveaux univers et auprès desquels je m’enrichie ; le premier salaire que l’on arrive à se verser de sa propre activité

Mes difficultés : Ce n’est pas toujours évident d’évoluer dans un monde encore très masculin : le digital et dirigeant d’entreprise. Il faut parfois s’accrocher et s’imposer pour montrer qu’on est tout aussi compétente ! Il faut aussi apprendre à laisser un client plutôt que de perdre son énergie à essayer de le convaincre quand il ne vous écoute pas.

5) Qu’est ce qui vous plait le plus dans votre métier d’entrepreneuse ?

La vision globale et la stratégie : j’ai un besoin viscéral de comprendre pourquoi je travaille et quel en est le sens. C’est ma source d’énergie et de motivation pour mener à bien un projet.

La flexibilité : j’aime travailler à mon rythme que ce soit soir, matin, nuit, week-end ! J’aime être libre de faire un break d’une demi-journée pour mieux me remettre à travailler le soir ou autre. C’est très agréable et beaucoup plus productif !

La polyvalence : je suis une vraie touche à tout et l’idée même de ne faire qu’un seul métier n’est absolument pas pour moi. En tant qu’entrepreneuse, je suis plutôt bien servie à ce niveau là !

6) Quels conseils pouvez-vous donner aux étudiants de Institut Mines-Télécom Business School, notamment ceux qui souhaitent s’orienter vers l’entrepreneuriat ?

Le premier : Osez faire ce que vous avez envie de faire ! N’ayez pas peur de l’échec, il sera tout aussi enrichissant, voire même plus qu’une réussite. Que ce soit une réussite ou un échec, vous sortirez de l’aventure grandi et dotez d’une formidable expérience.

Le deuxième : Entourez-vous ! On n’entreprend jamais seul ! La réussite d’une entreprise ne tient pas tant dans l’idée que dans la capacité à réaliser et à tisser un rés

eau. L’entourage proche est fondamental, vous aurez besoin de personnes qui vous encouragent et vous soutiennent pour partager les moments forts, les joies mais aussi les déceptions. Vous allez vivre en dents de scie, à la limite de la schizophrénie quand d’une minute à l’autre vous passerez de l’euphorie au désespoir. C’est ce qui fait aussi la richesse de l’entrepreneuriat !

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