Entre performance et séduction : la responsabilité trop souvent oubliée par les écoles de commerce dans le cadre des concours de recrutement.

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Entre performance et séduction

Recruter en quantité, pour une Business School, est-il un gage de qualité ? Loin des critères objectifs tels que le taux d’employabilité par exemple, les clips des admissibles, véhiculant souvent des messages récréatifs, jouent sur la séduction pour persuader. Les écoles, alors qu’elles forment des dirigeants responsables, participent ainsi à entretenir un cadre de séduction et d’enthousiasme, qui n’engage qu’à court terme. Alors qu’elles gagneraient à enseigner dès le recrutement les valeurs de responsabilité et d’engagement sociétal qui sont les leurs.

Dimanche après-midi, je me connecte à mon compte Facebook. La période des oraux de concours va commencer et s’affiche sur mon téléphone, grâce aux cookies que je ne nettoie pas assez souvent, la vidéo des admissibles. Ces vidéos renouvelées chaque année appartiennent au processus des concours d’entrée aux écoles de commerce françaises. Ils promeuvent les écoles. En tant qu’enseignant-chercheur, je suis toujours amusée par ces vidéos qui présentent parfois l’école et souvent la vie sociale de l’étudiant. C’est avec un regard bienveillant que je reconnais certains de mes élèves en soirée ou au ski.

Les films des admissibles sont une partie intégrante du rituel annuel des concours, moment critique du cycle de vie des écoles. Il est ici question de séduire le candidat pour lui donner toutes les raisons de candidater à l’école puis d’intégrer. Disposer d’un grand vivier de candidats permettrait ainsi de faire un choix supposé permettre de ne recruter que les meilleurs.

Des écoles et des performances

Les écoles sont classées au regard de la performance définie suivant différents critères. Parmi eux se trouvent des questions relatives à l’employabilité immédiate des jeunes diplômés, mais également leur parcours de vie, leurs carrières, c’est-à-dire la capacité des jeunes diplômés à disposer d’outils leur permettant d’être employables en sortie d’école mais aussi de pouvoir dessiner leur carrière et saisir ou provoquer des opportunités. Il s’agit ainsi de critères objectifs quantifiables.

De ces objectifs découlent les stratégies des écoles en termes de formation et origine des formateurs (enseignants-chercheurs ou professionnels), de programmes, de modalités pédagogiques, etc. Les accréditations, qu’elles soient nationales ou internationales, sont censées être des gages de cette qualité, quoique certaines soient contradictoires.

La performance relative des écoles est ainsi présentée aux candidats au travers de classements, publiés annuellement qui reprennent les éléments précédents ainsi que d’autres. Certains classements intègrent notamment le taux de remplissage, c’est-à-dire la part d’attractivité de l’Ecole définie par le nombre de candidats recrutés au regard des places disponibles. Est-ce à dire que la quantité serait gage de qualité plus que la sélectivité ? Peut-être. Mais cela marque notamment l’importance de la séduction dans le processus de sélection et la place des films des admissibles. La performance objective des écoles se doit donc de conjuguer avec la séduction…

De la séduction à la persuasion

Loin des objectifs de long terme affichés dans les classements, les clips des admissibles répondent à des codes relatifs aux clips musicaux : immédiateté, mise en scène et parfois rôles caricaturaux, messages oraux et visuels. Le nombre d’écoles qui rappellent ponctuellement ses indicateurs est marginal. Côté séduction, un grand nombre d’écoles privilégient les messages récréatifs (soirées, danses, vacances, loisirs) et appuient leurs discours avec un visuel coloré et une musique dynamique et forte. Autant d’éléments qui attirent l’attention du candidat et sont la démonstration d’une communication de l’enthousiasme.

L’un des rôles des écoles est la formation de dirigeants et de décideurs responsables. Loin de valeurs de responsabilité et de transparence, les messages diffusés par les vidéos des admissibles proposent souvent un message non seulement partiel mais également incohérent avec l’attitude qui sera ensuite attendue des étudiants intégrés. Se pose alors la question de la qualité de l’information proposée dans ces vidéos dès lors que le processus de recrutement se trouve confronté à un problème de confiance et de crédibilité dans un jeu de séduction qui pourrait tendre vers la persuasion si l’esthétisme venait à primer sur l’éthique.

Engagement des écoles

Alors même que les écoles de commerce revendiquent des formations innovantes, responsables, répondant à des questions sociétales, elles sont confrontées à un cadre institutionnel de séduction et d’enthousiasme qui engage à court terme. Un cadre qu’elles participent à entretenir.

Les écoles, dès leur recrutement, s’inscrivent donc comme un vecteur de la société ludique et esthétique, utilisant les medias actuels (Internet, vidéo). En tant qu’institutions formatrices, elles participent à l’institutionnalisation de l’hyperesthétisation.

Je pose alors la question. Quand les écoles enseigneront-elles la responsabilité et l’engagement sociétal dès leur recrutement ? Quand ces valeurs ne seront-elles plus seulement affichées mais également vécues et engagées ?